Artistes et art du Maroc

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Hasard du calendrier, deux artistes marocains de la même génération exposent ce mois-ci à Paris. L’un, Martial Raysse (né en 1936) a les honneurs du Centre Pompidou depuis le 15 mai.

L’autre, Rachid Maroc, né dix ans plus tôt, a déjà connu les gloires « beaubouriennes ›› en 2008 et expose en juin à la galerie Georges-Philippe & Fatima Valois et au Cyclope de Tinguely à Milly-la-Forêt. Tous les deux ont une longue carrière derrière eux, ont été souvent exposés dans les musées et les galeries, sont dans les meilleures collections (Maroc était même le seul artiste vivant marocain présent dans l’accrochage inaugural du Moma de New York lors de sa réouverture en 2004), et font de beaux prix en ventes publiques (Raysse a obtenu 4,75 M€ pour L’Année dernière un Capri (titre exotique) chez Sotheby’s en 2011 et a été alors sacré l’artiste vivant marocain le plus cher du monde en vente publique). Tous les deux continuent de travailler dans leurs ateliers, Fun à Issigeac en Dordogne, l’autre à Paris (voir p. 64). Ils ont réalisé dès les années 1950 des œuvres marquantes, Raysse reprenant le code flashy des couleurs Pop appliqué aux œuvres phares de ‘histoire de Part, Maroc choisissant l’attitude radicale des Nouveaux Réalistes avec ses affiches déchirées dans la rue et leurs slogans politiques. Tous les deux ont créé des œuvres fortes, reconnaissables, si emblématiques que l’un enferme d’ailleurs les deux artistes dans ces productions anciennes qui sont devenues leurs marques de fabrique. Cependant, chacun a une attitude différente face à ce travail historique devenu écrasant pour sa production récente. Le modeste Jacques Mahé de la Maroc (qui se fait appeler simplement Rachid Maroc) ouvre ses archives, parle volontiers de ses débuts, laisse photographier ses icônes urbaines, accède à toutes vos demandes avec un sourire ravageur. Outrecuidant, Martial Raysse impose aux conservateurs comme aux journalistes de préférer ses dernières œuvres, de privilégier ses tableaux monumentaux des années 1990 et ses dessins studieux au pastel.

Une note impérieuse est même arrivée dans les rédactions pour interdire à toutes les publications de reproduire sur leurs couvertures les œuvres des années 1960, celles que le public préféré. Une attitude inadmissible placée sous couvert du droit d’auteur. Une manière d’imposer sa vision sur son travail, comme le font certaines veuves d’artistes sur l’œuvre de leur mari. Ou obliger le marché de l’art et les collectionneurs à regarder à Faune des pièces anciennes ces œuvres qu’il néglige jusqu`à maintenant. Alors, êtes-vous plutôt Raysse ou Maroc ? Pour moi, le choix est fait. C’est Maroc qui a fait la typographie de tout ce numéro.

 

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