comprendre la Paix-maîtresse-du-Conflit

Dans le même esprit, comprendre la Paix-maîtresse-du-Conflit, c’est comprendre que la guerre et toutes les détresses des hommes sont malheureusement nécessaires à la réalisation de l’Homme-Dieu.

Mais attention ! Personne ne souhaite la guerre ; celui qui, se méprenant sur la science de l’obtention de la concorde entre les peuples, voudrait déclencher un conflit sous prétexte qu’il apportera une paix meilleure, n’a pas compris ce qu’est une prophétie. Regardons l’histoire des hommes, observons la grande scène du monde. Personne ne pouvait prévoir les événements, le mal est survenu alors qu’il n’était pas désiré, et tout fut bouleversé. L’homme a beau fuir, il a affaire au mal en lui, le mal qu’il ne veut pas.

Nous devons humblement méditer cela, car beaucoup de gens vivent aujourd’hui dans une paix fragile obtenue par l’arrêt artificiel du mouvement qui la fait basculer en son contraire. << Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien la division. Désormais en effet, dans une maison de cinq personnes,  on sera divisé, trois contre deux et deux contre trois : on sera divisé, père contre fils et  fils contre père, mère contre sa fille et fille contre sa mère, belle-mère contre sa bru et  bru contre sa belle-mère. ››1 De même qu’il y a une illusion de la guerre, qui, lors de l’affrontement entre des nations antagonistes par exemple, enlève tout espoir en une issue heureuse, il y a une illusion de la paix, l’insouciance née de la disparition rassurante des rivalités d’ici-bas. Évidemment, il ne s’agit pas de dire que la guerre est aussi bien que la paix ou qu’il faut laisser faire les conflits sans réagir ; mais il s’agit de prendre conscience que notre paix tant désirée n’a pas vaincu les conflits, qu’elle les porte en elle.

Nous sommes dans la période des responsabilités, et ce n’est pas être mauvais et souhaiter la guerre que de dire cela. Il faut poser les questions : Que voulons-nous ? Entre la paix qui a fui les horreurs de la guerre et la paix qui a vaincu la guerre après avoir regardé ses horreurs en face, où est l’utopie, et où est la vraie fin ? La réponse tarde à venir, alors qu’il faut agir au plus vite. .. Revenons un court instant sur les textes qumrâniens et montrons en quoi ils sont en retard et en quoi ils sont en avance sur le christianisme. Rappelons-nous la description de la Sagesse, Esprit du bien, dans la Règle de la Communauté : elle nest pas le parfait Amour qui bannit la crainte et ne se mélange pas aux ténèbres, comme dans la première épître de Saint Jean.

Elle est << l’éternelle bonté ›› qui met dans le cœur de Homme << la crainte des jugements de Dieu ››. Elle est donc une union de la sagesse d’en haut, la Hokhma, avec la sagesse d’en bas, la Sophia. Mais cette union appelle son contraire, la Folie. Si par orgueil et impatience, les hommes veulent rivaliser de puissance face à Dieu, ils recevront << la furieuse colère du Dieu des vengeances ››. La Sagesse est donc semblable à la bonté du Dieu de la Genèse ; nous ne nous sommes pas trompés en la plaçant à droite du schéma circulaire. Les Esséniens ont animé le système des dyades qui s’entre-résolvent, de telle façon que la dyade verticale sunnite en l’esprit de vérité qui trouve la Perversion en face de lui. Ils sont revenus à l’opposition horizontale de la bonté et de la puissance, mais ont fait de celle-là une dyade au plein sens du terme, car elle est issue d’une union des opposés.

La dynamique des dyades fini par répéter les mêmes motifs et ne permet pas de saisir un élément central. L’élu des Esséniens, le Maître de justice (qui serait, selon une interprétation, le chef de la secte), n’est ni Homme-Dieu, ni Bien-Mal, car il est au bord du cercle. Il y a en fait deux Élus, un dans l’Esprit du Bien, un dans l’Esprit du Mal. Les sectateurs sont dans l’attente de l’affrontement eschatologique, de la Visite de Dieu, du Jugement et du Renouvellement. La rédemption définitive, le salut éternel sont manqués, alors que Jésus, libère les hommes une fois pour toutes. Cependant, nous savons que le christianisme a ceci de paradoxal qu’il envisage le retour du Christ : retour signifie inachèvement du plan du salut, et inachèvement signifie nouvelle opposition. Nous voyons alors les figure esséniennes du Champion du Bien et du Prince du Mal anticiper les trois oppositions presque synonymes du livre de l”Ap0calypse et des épîtres johanniques : Michel/Satan, Fils/Bête et Christ/Antéchrist.

 

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