DEPUIS VINGT ANS, LE PEINTRE CHINOIS EST UNE STAR DE L’ART CONTEMPORAIN

Pour ou contre YUE MINJUN   

PRIS D’UN FOU RIRE CRISPÉ (ET CRISPANT) DEPUIS VINGT ANS, LE PEINTRE CHINOIS EST UNE STAR DE L’ART CONTEMPORAIN EI’ DE SON MARCHE. SA PREMIERE EXPOSITION EN FRANCE NOUS DONNE ENFIN L’OCCASION D’APPRÉCIER (OU NON) SON TALENT.       

Voilà environ une décennie que la création chinoise a explosé à l’échelle planétaire, occupant une place considérable dans la production et les transactions internationales. Le 24 mai 2.008, dans une vente d’art contemporain asiatique à Hong Kong, des tableaux figuratifs qui se négociaient naguère quelques milliers de dollars s’arrachaient mille fois plus haut aux enchères chez Christie’s. Comme une espèce de contrepoint aux visages sages, impassibles et frontaux de Zhang Xiao gang, les expressions grotesques de Yue Jin Jun en plein esclaffe- ment rencontrèrent un succès fabuleux. Gweong- Gweong, huile sur toile de grand format, tutoya ainsi les 7 millions de dollars. Elle datait de 1993. Et c’est en effet dans le contexte des années 1990 que Yue Mi-juin trouve le thème et le style auxquels il demeurera attaché tout au long de son trajet esthétique : la représentation d’un rire immense, caricatural et glacé. Aujourd`hui âgé de 50 ans, le peintre chinois est associé au réalisme cynique. Le mouvement naît au lendemain des répressions de s’épanouit pendant que l’économie chinoise s’ouvre au marché mondial.

Il se développe évidemment à rebours du réalisme socialiste dont il pirate les signes (de même que le Sots Art en Russie soviétique), mais il se distingue aussi nettement des avant-gardes hyper-spectaculaires emmenées par Huang Yong Ping, AiWeiwei ou Zhang Huan. La peinture de Yue Min Jun est techniquement soignée, dans des gammes contrastées (le rose éclatant des carnations sur des fonds souvent bleutés), dotée de lignes pures et de compositions extrêmement lisibles, même quand il joue, comme souvent, sur des dédoublements et des répétitions d’éléments. À partir d’une formule initiale – un visage contracté dans im rire, dont la bouche immense s’ouvre grand sur une armée de dents blanches et un abîme noir – il propose de nombreuses combinatoires et des variations de décors en gardant toutefois un goût évident pour la citation : imagerie populaire, œuvres majeures de l’histoire, références cinématographiques, symboles politiques…

Yue Min Jun a commencé par peindre ses amis avant de se concentrer sur des autoportraits. Ces rires glacés et les compositions énigmatiques dans lesquelles ils s’inscrivent sont évidemment, au- delà de leur efficacité visuelle, des moteurs à interprétation. Quel est le degré d’ironie de ces toiles, souvent monumentales ? Leur portée critique ? Leur puissance de subversion ? Il est certain qu`en fonction des réponses qu’on apporte à ces légitimes questions, la valeur de Yue Min Jun peut changer du tout au tout. Mais, au-delà de toute estimation de ses qualités, il n’en demeure pas moins que c’est un phénomène de l’art mondial qu’accueille la fondation.

DE FLUXUS À JEAN-JACQUES LEBEL     

Fidèle à l’esprit de Fluxus, l’exposition est foisonnante. Cependant, si I’on y trouve les œuvres réalisées par les nombreux participants (plus ou moins assidus) de ce mouvement, une attention particulière est attribuée à trois d’entre eux, et non les moindres : Nam June Paik, Wolf Vos tell et Robert Filliou. Paik, dont la curiosité technologique est associée à une connaissance profonde de la musique (la rencontre avec John Cage a déterminé ses choix artistiques), est présenté par des installations et des personnages-robots, des constructions imposantes, des moniteurs de télévision et des objets variés. La salle centrale, où logent les travaux de Vos tell, est une installation gigantesque faite à partir d’un alignement de portes de voitures trafiquées, immobiles et fixées au sol. Sujet d’adoration d’une société mobile, Les véhicules tronqués et impuissants sont comme des totems dérisoires. Plus dispersés, beaucoup moins spectaculaires, les travaux de Filliou sont à la fois intelligents et drôles Ces petites «bricoles» illustrent à merveille le concept radical de l’artiste : le «principe d’équivalence›, qui abolit toute hiérarchie esthétique. « Bien fait», «mal fait»-, «pas fait», sont les trois mamelles d’une trilogie conceptuelle qui nous oblige ã posé un regard neuf sur notre environnement quotidien. La cerise sur le gâteau : un peu à l’écart de l’exposition, un aperçu de I’œuvre importante de Jean-Jacques Lebel, retient à tout label. Grand provocateur dentant l’Éternel, ce pionnier des happenings partage l’esprit de liberté des membres (non déclarés) de Fluxus mais reste inclassable. Hommage mérité.

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