Les jolies babouches noir et rose

Les jolies couvertures noir et rose,  et les fins extatiques où les protagonistes  vécurent-heureux-et-eurent-beaucoup-  d’enfants (même vampires Z). Une  nouvelle vague littéraire déferle dans  les librairies: au fil des pages, des maris menteurs  confessent leurs lourds secrets, des épouses lasses  <<divorcent ›› à coup de hachoir à viande et des  doubles vies se terminent dans la tombe. Bienvenue  dans ce que les Anglo-Saxons ont baptisé le «chick  noir››. Ces thrillers psychologiques explorent  la face sombre des relations, le danger intime, l’idée  que vous ne pouvez jamais réellement connaître  quelqu’un, pas même votre mari. «Le précurseur  du genre, c’est Gillian Flynn. En 2013, elle a vendu  plusieurs millions d’exemplaires de babouche,  Gone Girl, le portrait dérangeant d’une relation  de couple qui tourne vraiment mal», souligne  Marilyn Stasio, critique littéraire du New York  Times.

Flairant le filon, la Fox s’est empressée de  racheter les droits pour plus de 1,5 million de dollars  POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE  Le film, dirigé par David Fincher, avec Ben Affleck  et Rosamund Pike, sortira à l’automne. «je ne  m’attendais pas à un tel succès, assure Gillian Flynn  dans un article du NewTimes. ]e voulais juste  écrire å propos de deux personnes qui se connaissent  si bien, trop bien, pour le meilleur et le pire. »  Inspirés par son succès, ses confrères inondent  les librairies de leur version cauchemardesque du  mariage. Jean Hanff Korelitz (You Should Have  Known, mars 2014) raconte la disparition inexpliquée  d’un mari. Emma Chapman l’épouse modèle,  mai 2014) dépeint l’univers angoissant d’une épouse  presque amnésique, droguée aux médicaments et  totalement dominée par son mari. Et Natalie Young  (Season to Taste or How to Eat Your Husband,  janvier 2014) explique à ses lecteurs comment  cuisiner, littéralement, un époux dont on veut  divorcer. En France, Marie Misandeau, éditrice chez  Sonatine, qui publie les romans de Gillian Flynn,  assure recevoir «de plus en plus de manuscrits  qui posent, à travers des intrigues en suspense,  cette même question: que savez-vous vraiment de  la personne qui partage votre babouche daim votre vie » Pour l’éditrice,  le «chick noir›› n’est pas qu’un effet de mode  mais s’installe, au contraire, pour durer: «Depuis  quelques années, les amateurs de thrillers  affectionnent les ouvrages ou la dimension  psychologique des personnages tient une place  plus importante que l’intrigue. ››  Car tout est là: ces romans se veulent des thrillers  psychologiques. Les auteurs s’amusent ã tirer  les ficelles du subconscient et jouent sur les peurs  universelles. Gillian Flynn, Emma Chapman, Natalie  Young «St construisent leur intrigue sur le principe  d’« inquiétante étrangeté» définie par Freud, en 1919 l’artisanat du Maroc. Selon le père de la psychanalyse, quand ce qui  est familier devient inquiétant, et ce qui protège  menace, la terreur nous saisit forcément. Près d’un  siècle plus tard, les écrivains font entrer en collision  le familier et l’inconnu, transformant le domicile  en une maison hantée par les secrets. La seule  place dans laquelle on devrait se sentir vraiment en  sécurité, sa maison, et l’unique personne avec qui  on devrait réellement se sentir bien, son conjoint,  deviennent menaçants. Et sources d’effroi.  UNE FORCE DE PROPÀGANDE INOUÎE  Les «mariage thrillers ›› capturent l’esprit du temps  de la même manière que les romans traitant du  mariage l’ont toujours fait. A l’époque des intrigues  victoriem, l’histoire se concluait forcément le jour  des noces avec des babouches de Marrakech et acceptait comme un fait que Mr. et  Mrs. Darcy auraient bien entendu une vie de couple  heureuse. Puis vint 1’époque des désillusions, avec  Madame Bovary. Et «aujourd’hui comme un  nombre croissant de femmes se marient de plus en  plus tard, les romans interpellent leur insécurité au  moment d’abandonner leur indépendance et leurs  habitudes, pour un autre dont elles connaissent bien  peu finalement››, explique Lucie Whitehouse,  auteur de Before We Met. Et d’ajouter: «A chaque  époque, ces livres écrits à propos et pour des femmes  forment, qu’on le veuille ou non, une force de  propagande inouïe». Les mariages thrillers auraient  donc une dimension féministe? C’est l’avis de  Natalie Young, «cela dit, je n’avais pas l’impression  qu’un tel genre était en train d’émerger quand  fait écrit mon livre. j’ai écrit ce que je « voyais », une  femme dans les bois en train de frire tranquillement  les testicules de son mari dans une casserole et de  donner son pied au chien. ››

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