Palazzo Foscari

Durant l’été 1574, Henri III de Va-  lois, 22 ans, rentre de Pologne pour  succéder à son frère Charles IX sur  le trône de France Il fait étape à Venise et le doge Alvise Mocenigo en-  tend lui faire un «trionfo». Le palais  Foscañ, bijou gothique bâti en 1452  par le doge Francesco Foscari sur  la boucle du Grand Canal, est réquisitionné pour l’héberger. Draps  d’or, tapis d’Orient, soieries, étendards de velours Y sont étalés à  profusion. Les pièces d’apparat réservées au souverain sont ornées  de tableaux de Bellini, Titien, Véronèse, Le Tintoret…  Le 18 juillet, Henri III fait son entrée officielle à bord d’une galère  propulsée par 400 rameurs, tous  vêtus clé taffetas jaune et bleu, à la-  quelle des centaines de gondoles  font cortège. Puis, après avoir atteint la rive du Lido à la hauteur de  l’église San Nicolo, il embarque sur  le «Bucentaure» pour une ultime  étape sur le Grand Canal. Vers  18 heures, toutes les cloches de la  ville carillonnent tandis que le bateau de parade se range devant le  palais Foscari, où est donné l’un  des plus grands banquets clé l’histoire de la Sérénissime (3 000 invités, 1 200 plats). L’attendent en-  suite des plaisirs plus secrets : il  recevra dans sa chambre la célèbre  poétesse courtisane Veronica  Franco (qui lui dédiera un recueil  de ses rimes). Toute la nuit, pour  étonner le monarque, un four flottant destiné à l’industrie du verre  fonctionnera sous ses fenêtres ! Et  bien d’autres festivités se dérouleront durant la semaine qu’Henri III  passera dans la Sérénissime.

Le palais Foscari hébergera par  la suite d’autres grands de ce  monde : l’archiduc Ferdinand de  Habsbourg et Maximilien d’Au-  triche en 1579, Ernest Auguste de  Hanovre, duc de Brunswick, en  1686 ou le roi Ferdinand IV de  Danemark en 1709. Mais aucun de  ces séjours officiels ne sera aussi  fastueux que celui-ci. «En  son honneur, raconte Alvise Zorzi,  l’un des grands historiens de  Venise, la République avait fait  plus qu’elle n’avait jamais fait  pour un monarque étranger, une  véritable fantasmagorie qui dura  cles jours et des jours et où semblait revivre l’atmosphère somptueuse des banquets que peignait  alors Paolo Véronèse»

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