Le week-end on peut faire retraite à san-francesco ou tout est beauté et silence

Mer l’individu impropre ou le conserver  comme appât Il le faut voir aussi deviner, en écar-  tant légèrement les pattes de l’animal, si le crabe  sera prêt à produire une nouvelle carapace et à  grandir dans des caisses immergées, les «vieri». «Les  moeche, explique encore Bruno dans un patois qui  élimine les “l”, ne sont pas consommables avant  un an. Et on doit les manger vite (et frits) car ils ne  mettent qu’une journée pour durcir» Au final, 10 à  15  des crabes péchés, puis élevés, deviennent les  très convoités moleche dont le prix (quarante à cinquante euros le kilo) fait briller les yeux des pêcheurs.  Bruno confie qu’il arrive à s’en sortir. Lui et ses  trois frères se partagent les tâches : celui qui  aujourd’hui s’est levé tôt pour partir en barque ira  demain proposer la récolte à la criée aux grossistes  ou la vendra plus tard aux restaurants ou aux particuliers. Autour de Mazzorbo, on compte quarante  postes de pêche pour une centaine de pêcheurs  qui travaillent par équipes de quatre à sept personnes. Deux fois l’an, au printemps et à l’automne,  les postes sont distribués au hasard à chacun des  groupes, qui s’arrangent entre eux pour une répartition équilibrée. Ainsi se perpétue un certain mode  de vie communautaire.  Face à Burano, si haute en couleur, Torcello fait  figure de pénitente avec ses rares maisons que  quelques roseaux suffisent à cacher. Seize per-  sonnes subsistent sur cette île qui passe pour avoir  été la première habitée de la lagune et qui compta,  à son apogée, jusqu’à neuf paroisses et S0 000  âmes ! Vestige de ces temps bénis, la cathédrale  Santa Maria Assunta offre, du haut des cinquante  mètres de son campanile, une vue imprenable sur  les «Valli da pesca››, littéralement «vallées de pêche».  Dans ces vastes bassins, que des canaux relient à  la lagune, les poissons sont piégés lors de leurs  migrations. Au début de l’hiver, les adultes gagnent  les eaux plus chaudes de la mer où ils se repro-  tout est beauté  et sflence  duisent : c’est la «smontata». A l’orée du printemps,  les eaux de la lagune, renouvelées par la fonte des  neiges alpines, attirent les jeunes poissons : c’est  la «montata». Dans les années 1900-1910, ces pêcheries ont été cédées pour presque rien à des propriétaires terriens qui les ont transformées en aires de  pisciculture.

Par exemple, dans les 400 hectares  de bassin de la Valle Perini, on élève des alevins  d’anguilles, de daurades, de loups et de mulets.  Des tourelles et des huttes de chasse ont aussi  été édifiées dans les «valli». Car le colvert y abonde,  comme la sarcelle, le foulque ou le fuligule milouin.  Même si elle est en théorie interdite, la location de  postes de chasse peut rapporter gros aux propriétaires -«Le permis annuel coûte déjà 400 euros Cer-  tains postes de chasse se louent pour presque  autant…

par jour !, révèle Antonello, un employé  du gaz dont c’est le passe-temps favori. D’autres,  25 O00 euros la saison, de septembre à janvier. Et  je ne vous parlerai pas de ce célèbre “calciatore”  (footballeur) qui en déboursé 65 000 pour devenir  “cacciatore” (chasseur) I»  Pas de risque d’entendre le moindre coup de fusil  à San Franscesco del deserto, une petite île au sud  de Burano où tout n*est qu’ordre (franscicain) et  beauté, silence et recueillement. La légende veut  que saint François, séduit par le chant d’une hiron-  delle, y fit halte en 1220, de retour d’Egypte et de  Syrie. Aujourd’hui, sept frères et cinq novices font  visiter aux touristes les cloîtres et les jardins. Le  week-end, on peut y faire retraite, seul ou en couple,  sous réserve de l’accord de la communauté. Plus  au sud, Sant’Erasmo, avec ses 300 hectares, est la oooplus grande île de la lagune. A se promener parmi  les alignements d’abricotiers, de pêchers, de vignes  et de pruniers, on se dit qu’elle merite bien son  surnom de «jardin potager de Venise››. L’exploita-  tion des parcelles se fait en famille. La spécialité  du lieu est l’artichaut («carciofo»). S’y cultivent aussi  Faubergine, le haricot vert, le petit pois, la courgette,  la tomate, le piment, le radis, le chou-fleur, Pasperge  verte et tous les autres légumes de saison que l’on  retrouve vendus sur le pittoresque marché du Rialto  La vigne donne un petit vin blanc pétillant qui se  savoure à l’heure de l’«ombra» avec des «cicchetti»,  ces petits beignets de poisson qui ouvrent l’appétit.  Les îles de la lagune n’ont pas besoin d’être aussi  productives que Sant’Erasmo pour exciter les  convoitises. Certaines seraient plutôt des mini-para-  dis pour milliardaires, telle Tessera, près de Murano,  confetti d’un hectare avec ses jardins de charme.  son palais et sa petite chapelle. Mais les plus roman-  tiques préféreront ces îles fantômes échouées  comme des épaves et qui échappent encore aux  promoteurs.

C’est le cas de Madonna del Monte,  une ancienne poudrière qui affiche ses ruines de  briques sombres comme pour nous rappeler que  tout, ici-bas.

Est mortel.  En revanche, San Giacomo in Palude, qui fut au  XI” siècle un refuge pour les pèlerins, puis qui  devient tour à tour monastère, léproserie, couvent  et caserne, connaît un destin plus souriant : elle a  été cédée à l’Associazione Verdi, Ambiente e Società  qui compte y édifier un centre de recherches sur  l’environnement avec l’appui de la Croix-verte internationale. A Lazzaretto Nuovo, l’heure est aussi aux  projets. Jouxtant Sant.’Erasmo, cette île d’un peu  moins de neuf hectares hébergea d’abord des  ermites avant de servir de lieu de quarantaine. Pendant la terrible peste de 1576, quelque 10 000 personnes y furent parquées ! Napoléon en fit une  forteresse, fonction qu’elle conservera jusqu’à la Première Guerre mondiale. Mais prochainement,  des panneaux thermiques et photovoltaïques  devraient y être implantés afin de produire une énergie non polluante et auto suffisante. Et l’île être  dotée d’une station pilote d’épuration à base de  plantes filtrantes et nettoyantes. «Un vrai bijou de  technologie douce», proclame Gerolamo Fazzini,  le responsable du programme. Autant de signes  qui montrent que la lagune est bien décidée,  aujourd’hui, à se mettre au vert… I

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